Avant la guerre l’anthropologie française était surtout le fait d’anthropologues de cabinet – armchair anthropologists, comme on disait en Angleterre. Dans cette période, des hommes seuls comme Mauss ou Lévy-Bruhl en France, Frazer ou Tylor en Angleterre, maîtrisaient des masses considérables de données qu’ils essayaient d’organiser pour résoudre un problème ou expliquer une institution : le sacrifice, la magie, etc. Il y a quelques exceptions : certains anthropologues faisaient déjà de l’ethnographie, notamment Claude Lévi-Strauss, Jacques Soustelle, Denise Paulme, Germaine Tillion et quelques autres. C’était un tout petit noyau, comparé à ce qui se faisait déjà de manière systématique en Angleterre et aux États-Unis.


Dans une deuxième période, les recherches ethnographiques se sont multipliées, mais en l’absence d’une structure orientée vers un but d’intelligibilité anthropologique général. L’action de Lévi-Strauss a contribué à fonder une troisième période, dans les années 1960, où la réunion des expériences ethnographiques d’un ensemble de chercheurs compétents sur des aires culturelles particulières a permis de faire avancer la réflexion anthropologique générale.

https://journals.openedition.org/lettre-cdf/219