Les termes singuliers dans la Logique de Port-Royal
Les termes singuliers se divisent en deux catégories, celle des noms propres (Np dans la suite), et celle des descriptions définies ; je laisserai en effet ici de côté les pronoms démonstratifs et autres déictiques sur lesquels je me suis expliqué dans mon livre de 1985, L ’Analyse du lan gage à Port-Royal. Les deux catégories que je prendrai en considération ont toujours posé à la logique et à la philosophie des problèmes diffici les, qui paraissent pour l’essentiel liés à la propriété caractéristique de ces termes, c’est-à-dire à la fonction qui leur est reconnue d’établir la relation entre le langage et la réalité, entre les mots et les choses. À la différence des termes généraux, qui sont porteurs d’un contenu prédi catif déterminé et qui peut s’appliquer à divers objets, les termes singu liers ont pour fonction principale d’isoler un objet et de le constituer en objet de discours, de mettre en évidence l’objet sur lequel le discours doit porter, celui duquel il va être question et qui va être présenté comme le sujet des prédications.
Cette fonction peut se réaliser de deux façons différentes :
— Soit le locuteur désigne un objet donné à l’aide de son nom, c’est- à-dire d’une séquence phonétique simple qui est associée à cet objet, et en principe à lui seul, par une convention connue du groupe au sein duquel se réalise l’échange linguistique. C’est le cas quand nous parlons d’Alexan dre ou de Platon en les désignant par leur nom, et les Np que nous utili sons alors sont, on le voit, dépourvus par eux-mêmes de contenu prédicatif.
— Soit le locuteur, pour des raisons qui lui appartiennent et qui peuvent être très diverses, préfère recourir à une expression complexe précédée de l’article défini ; cette expression détermine une propriété qui convient exclusivement à l’objet dont on veut parler. C’est le cas lors que, au lieu du Np Platon, nous employons la description Le Prince des philosophes, pour reprendre un exemple étudié dans la Logique ou l ’art de penser (ci-dessous LAP).
L’existence de ces deux procédés de désignation des individus pose différents problèmes, sur lesquels toute analyse du langage doit prendre position.


