Freud: pulsion de mort et/ou pulsion de destruction ?
Freud repense radicalement les fondements de la psychanalyse en 1920, avec son article Au-delà du principe de plaisir, point de départ de ce qui sera la seconde topique. Désormais, deux pulsions fondamentales, ou groupes de pulsions, pulsions de vie et pulsions de mort, vont être considérées comme régissant la vie psychique de l’homme, voire même identifiées comme forces cosmiques universelles. Ce qui, dans cet article, est présenté comme une hypothèse, le résultat d’une spéculation et non d’une observation, l’existence d’une pulsion de mort, va devenir dans la suite de son œuvre une conviction. Sachant que l’existence d’une telle pulsion a toujours fait débat chez les psychanalystes, ce n’est pas cette question que nous aborderons, mais celle de sa nature. Quelle réalité vise l’auteur à travers ce concept ? Une pulsion implique une poussée, donc une activité, ce qui relève a priori de la vie. Parler de pulsion de mort, c’est donc non seulement faire de la mort une nécessité interne au vivant, et non une rencontre accidentelle toujours en droit contournable, mais c’est plus encore introduire l’idée d’une recherche active de la mort. La pulsion de mort n’est pas un « se laisser mourir », le simple suivi d’une pente fatale, c’est une activité, une recherche, fussent-elles inconscientes. Pour le dire autrement, il ne s’agit pas d’une application du second principe de la thermodynamique. Il ne s’agit pas d’un mouvement irréversible vers le désordre. Alors de quoi s’agit-il? Que pense Freud avec cette activité mortifère ? Tout autre chose bien sûr qu’un simple retour de l’animé à l’inanimé, ce qui n’aurait rien de nouveau. Mais tout autre chose également qu’un refus de vivre. Il pense, croyons-nous, la destruction active de la vie comme la clé ultime du phénomène éternel de la violence. La pulsion de mort serait à entendre essentiellement comme une pulsion de destruction, une négativité à l’œuvre, C’est ce qui ressort, pensons-nous, d’une lecture attentive des oeuvres de Freud à partir de 1920.
A partir de là, la question sera de comprendre pourquoi Freud a éprouvé le besoin d’introduire cette nouvelle dualité libido / pulsion de mort, sachant qu’il avait déjà les moyens théoriques de rendre compte de l’agressivité, notamment avec l’introduction du narcissisme. S’agit-il d’un refus du monisme, et si oui, qu’est-ce qui pourrait expliquer ce refus ?
Freud: pulsion de mort et/ou pulsion de destruction? (extrait)
Freud: pulsion de mort et/ou pulsion de destruction? (complet)


