De quelque manière qu’on tente de définir son structuralisme – le mot final sur la culture (ou sur la nature) humaine ; la construction astucieuse du dernier représentant de l’Illuminisme ; le chant du cygne d’une grande tradition de pensée ; l’invention d’un esthète ou, tout simplement, l’œuvre d’un génie – il est certain que la figure de Lévi-Strauss se distingue, nette, unique et solennelle sur la scène de l’anthropologie et des sciences humaines du xxe siècle. Sa pensée et son œuvre ont suivi de façon incomparable le profil de la discipline anthropologique et de nombreux savoirs voisins, mais ont également influé sur la culture d’une bonne partie du siècle dernier. Sa conception de l’échange matrimonial, l’analyse de la « pensée sauvage », la théorie du mythe en tant que « pensée qui se pense elle-même », alliée à une grande prose et à une extraordinaire capacité de passer de la théorie anthropologique à la philosophie, de celle-ci à la littérature et ensuite à la musique et à la peinture, font de Claude Lévi-Strauss une figure dont les nombreuses louanges et honneurs qu’on lui a rendus tout au long de sa vie n’arrivent peut-être pas, malgré tout, à exprimer pleinement l’attention et l’admiration (à côté des critiques) dont il a été entouré pendant plus d’un demi-siècle de vie intellectuelle. 

https://www.cairn.info/revue-diogene-2012-2-page-31.htm