Primum vivere, deinde philosophari : qui, aujourd’hui, ne fait pas spontanément sienne la locution proverbiale ? Qui donc peut encore entendre l’injonction – contraire – de «vivre en philosophant » ? C’est cette injonction, on le sait, qui fait dire à Socrate devant le tribunal populaire d’Athènes – celui même qui allait bientôt prononcer sa condamnation à mort – que « le plus grand des biens pour l’homme [est] de s’entretenir tous les jours de la vertu et d’autres sujets, en [s’]examinant [soi]-même et les autres », tellement qu’ « une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue » . Le mot grec pour « examen » est exetasis et le verbe correspondant exetazdô, pour lequel le dictionnaire donne « interroger », « rechercher avec soin » ou, justement, « examiner à fond » ; et par suite « approuver » au sens de justifier, par opposition à admettre sans justification. Une vie examinée est donc une vie qui refuse de s’abandonner à sa pente naturelle. C’est une vie qui s’interroge sur sa propre justification. L’examen socratique est en ce sens le premier modèle de la réflexion philosophique telle que nous l’entendons.

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