La logique de Port-Royal vue d’Allemagne: formes, lumière naturelle, raisonnements complexes

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Un passage biffé d’une lettre à Antoine Arnauld du 14 janvier 1688 rappelle un projet ancien chez Leibniz, celui d’augmenter l’extension de la logique démonstrative. Il écrit : « votre Art de penser contient déjà de belles méditations, qu’on peut augmenter et pousser plus avant ». Le compliment est évidemment fort ambigu, et rappelle la fonction que Leibniz donne parfois à des auteurs appartenant grosso modo au même espace intellectuel que Descartes ou Pascal, c’est-à-dire celle d’avoir commencé quelque chose d’important sans parvenir à l’achever. Et c’est sans doute la crainte de livrer entièrement le fond de sa critique qui fait qu’en définitive Leibniz ne communique pas à ce moment cette phrase assassine à l’un des auteurs du livre. Mais il approfondit ce jugement critique, par exemple dans le § 31 du Discours préliminaire de la conformité de la foi avec la raison : « (…) car il n’y a rien de plus imparfait que notre Logique, lorsqu’on va au delà des arguments nécessaires; et les plus excellents philosophes de notre temps, tels que les Auteurs de l’Art de penser, de la Recherche de la vérité, et de l’Essai sur l’entendement, ont été fort éloignés de nous marquer les vrais moyens propres à aider cette faculté qui nous doit faire peser les apparences du vrai et du faux: sans parler de l’art d’inventer, où il est encore plus difficile d’atteindre, et dont on n’a que des échantillons fort imparfaits dans les Mathématiques ».

https://journals.openedition.org/cps/2137