Le schématisme de la raison pure: contribution au dossier Heidegger-Kant

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L’alinéa 29 de Kant et le problème de la métaphysique constitue certes l’un des moments cruciaux de l’interprétation à laquelle Heidegger soumet la Critique de la raison pure. En effet, c’est dans ces pages que l’auteur tente de donner toute son ampleur à la thèse centrale de sa lecture de la Critique visant à démontrer que celle-ci a pour objet une raison comprise comme « raison pure sensible » . La formule n’est pas de Kant, il va sans dire. Elle a en réalité pour but de mettre en lumière le caractère résolument fini de la raison humaine, et ceci non pas simplement dans la mesure où la sensibilité viendrait conditionner pour ainsi dire de manière extérieure et contingente la raison discursive, mais bien dans la mesure où la sensibilité fait partie intégrante de la raison humaine. Nous nous proposons dans ce qui suit d’évaluer le bien- fondé d’une telle approche de l’œuvre majeure de Kant. Toutefois, non seulement l’examen de cette thèse s’expose à certaines difficultés, mais encore le simple fait de revenir sur cette interprétation heideggérienne de Kant appelle un certain nombre de mises en garde imposées par les nombreuses réticences qui se sont manifestées à la suite de la publication de KPM. L’alinéa en question n’a-t-il pas pour titre «L’imagination transcendantale et la raison théorique » ? Cela signifie que l’on se voit contraint d’aborder le thème de l’imagination transcendantale comme «racine commune » de ces deux souches de la connaissance que sont la sensibilité et l’entendement. Pour ce qui est de l’enracinement de la première souche, à savoir la reconduction de l’intuition pure à l’imagination, le processus d’assimilation des deux termes, tel qu’il apparaît à l’alinéa précédent, bénéficie sans doute d’une certaine plausibilité vu le caractère éminemment sensible de l’imagination transcendantale ; mais c’est dans le deuxième cas, c’est-à-dire au moment où il s’agit de renvoyer non seulement l’entendement mais encore la raison théorique – comprise ici dans son sens spécifique – à l’imagination transcendantale, que l’interprétation suscite les réactions les plus outrées. Il y a alors lieu de s’interroger d’entrée de jeu sur le profit qu’on peut tirer de cette lecture pour la compréhension de Kant lui-même.

https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/24570/picheC-Le%20schématisme%20de%20la%20raison%20pure-Cxx-Papyrus.pdf?sequence=1&isAllowed=y