En commençant, je voudrais préciser le sous-titre de ma communication. En principe je ne crois pas qu’un texte puisse comporter une interprétation philosophique distincte de l’interprétation philologique. Vouloir restreindre la philologie à l’étude de la langue, du style, de la structure littéraire d’un texte serait contredire son essence. Une interprétation, pour être valable, doit être intégrale. Si le texte est de nature philosophique, l’interprétation doit porter nécessairement, et même en ordre principal, sur l’intention philosophique de l’auteur. Assurément il se peut faire que les données fournies par le contexte immédiat ne permettent pas à elles seules de déterminer cette intention avec certitude et sans ambiguïté. Il fait alors chercher ailleurs des moyens de dégager la signification philosophique: on les trouvera principalement dans des textes dont le rapport à la question étudiée n’est pas immédiatement évident. C’est ici qu’intervient l’élément proprement philosophique: il s’agit de découvrir le type de cohérence que cherchait le philosophe en question. Plus le problème discuté sera central, plus sa solution engagera l’unité profonde de sa pensée et donc l(‘interprétation globale de sa doctrine. Ceci suppose, chez l’interprète, une aptitude à comprendre la nature des rapports qu’entretiennent entre eux les différents aspects d’une philosophie déterminée, et de toute philosophie en général.

Pour faire court, j’ai donné à ma communication le titre « L’idée du Bien dans la République de Platon ». Mon intention n’est pourtant pas de traiter tout ce que Platon dit du Bien aux livres VI et VII de ce dialogue, mais de chercher à éclaircir la portée de la phrase fameuse qui caractérise le Bien comme « dépassant encore l’être en dignité et en puissance ».

https://www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_1970_num_39_2_1596