Il existe, comme nous allons le voir, de nombreuses manières d’appréhender les relations de complémentarité, mais aussi de tension entre les analyses économiques et morales d’Adam Smith, telles qu’elles sont exposées dans les deux grandes œuvres qu’il publia de son vivant, ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations et sa Théorie des Sentiments Moraux. L’une d’entre elle peut être de s’intéresser, brièvement, à l’itinéraire intellectuel et au projet philosophique d’Adam Smith. Un regard hâtif porté simplement sur les dates de publication de ces deux œuvres, séparées de dix-sept années, laisse à penser que Smith se serait d’abord consacré à la philosophie morale avant de bifurquer et de se focaliser, dans la seconde partie de sa vie, post-universitaire, sur l’étude de l’économie. Ce raisonnement simpliste est néanmoins trompeur. S’il est fort possible que Smith ait véritablement commencé la rédaction de la RN lors de son Grand Tour sur le continent de 1764 à 1766 en tant que précepteur du duc de Buccleugh, il n’a pas attendu sa rencontre avec les philosophes (Helvétius, D’Holbach, Diderot, d’Alembert, Voltaire) et les économistes français (Quesnay, Morellet, Turgot) lors de ce séjour pour s’intéresser à cette science nouvelle, en pleine formation au XVIIIe siècle, de l’« économie politique » dont il est souvent considéré, à tort ou à raison, comme étant le père fondateur.

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