Ces termes – « amour » et « justice » – paraissent irréductiblement opposés l’un à l’autre. L’opposition n’est pas seulement d’ordre théorique. Si l’Etat ne paye pas ses magistrats pour effeuiller la marguerite, il ne leur permet pas non plus de s’épancher sur le sort de ceux dont ils jugent les conduites. L’objectivité du jugement est à ce prix – et l’impartialité du juge. D’ailleurs la justice tient à la loi et s’applique également à tous, quand l’amour vient du cœur et s’adresse électivement à chacun. L’opposition ne disparaît pas si l’on pense l’amour dans les catégories du christianisme. « Aime ton prochain » ? La justice ne connaît aucun proche ; elle a pour conditions une certaine distance et une certaine impersonnalité. « Pardonne à tes ennemis » ? La justice tient ces ennemis pour ceux de la société entière ; ce sont les délinquants et les criminels dont elle condamne les actions et qu’elle doit empêcher de nuire. « Aie pitié de l’homme coupable comme de l’homme souffrant » ? La justice sanctionne le coupable et ne connaît la souffrance que dans ses manifestations extérieures et mesurables.

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