On se propose moins ici d’exposer la métaphysique de Leibniz comme un ensemble de thèses, que de faire sentir de quelle nature est chez Leibniz l’activité (et l’effort) métaphysique, dans sa particularité qui la distingue d’autres activités ou discours scientifiques que Leibniz d’ailleurs pratiqua, telles que la mathématique, la logique, la physique, la morale, la théologie, la jurisprudence, la linguistique, la politique, la psychologie, la technique, etc.

La métaphysique n’est certes pas une science ou une activité comme les autres, si elle est « la première des sciences ». Mais elle n’est pas le tout de la philosophie, et représente même une portion infime de l’œuvre leibnizienne : la question est alors celle de l’articulation des principes ou des concepts métaphysiques avec d’autres concepts et d’autres activités.

Négliger cette articulation entre le « métaphysique » et d’autres registres, ce n’est pas seulement s’exposer à la réduction (comme celle de la lecture heideggerienne, avec son hommage empoisonné au leibnizianisme comme philosophie ayant reconnu essentiellement le Principe métaphysique de raison), c’est s’exposer au contresens, en appliquant par exemple le principe métaphysique de continuité, qui vaut pour des abstraits, à des réalités concrètes qui ne sont pas concernées par lui2.

L’articulation proposée par Leibniz est originale, et nous chercherons à le montrer sur plusieurs exemples (la notion de force, qui articule une notion métaphysique avec une notion physique, la notion d’identité individuelle, qui suppose une identité réelle et métaphysique, le « soi », soutenant sans l’épuiser une notion morale d’identité personnelle, le « moi»). Cette articulation illustre une des dernières et plus importantes formulations de Leibniz : la Nature mène à la Grâce.

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