Etre agi: liberté, adversité et création chez Merleau-Ponty
En 1951, la conférence de Maurice Merleau-Ponty intitulée « L’homme et l’adversité » aborde la difficile question de la recherche d’une définition de l’homme qui pourrait dépasser les dualismes que la pensée occidentale a traditionnellement mis en œuvre au cours de son histoire bimillénaire[2]. La notion d’« adversité » y est convoquée pour souligner avec insistance la nécessité d’un dépassement des logiques d’opposition qui caractérisent la tradition philosophique.
L’objectif de notre propre exposé est de proposer une réflexion sur la liberté chez Merleau-Ponty en nous référant à la notion d’adversité et en analysant le sens et la portée des objectifs énoncés dans la conférence de 1951. Nous nous proposons donc d’évoquer les problèmes et contradictions que la question la liberté a pu susciter dans la tradition philosophique, pour envisager, à partir de cette notion, la naissance d’une nouvelle définition de la subjectivité et de son statut ontologique dans le travail de Merleau-Ponty, c’est-à-dire la naissance d’un « humanisme » libéré des dualismes qui ont toujours été liés à sa définition classique. En effet, la conférence de 1951confronte le problème de l’humanisme au phénomène de l’adversité et à tout déterminisme pour élaborer un nouveau statut du sujet vis-à-vis du monde : la préoccupation de redéfinir l’homme par-delà les oppositions classiques répond ainsi à la préoccupation de redéfinir aussi par-là les catégories classiques de sujet et d’objet.
Dans un premier temps, nous montrerons en quoi ce projet concerne la notion de liberté et ensuite, nous tenterons de saisir la complexité des ambiguïtés concernant le « sujet » supposé être à même de réaliser un acte libre. Il faudra comprendre le rôle que l’expression artistique joue dans ce contexte et remonter à une réflexion sur l’historicité des œuvres d’art pour découvrir, dans la notion d’Institution liée à l’art, le point de clivage pour une nouvelle manière d’entendre le problème de la liberté sans l’opposer au déterminisme.


