En ce début de millénaire, nous pouvons appréhender l’état de la réflexion morale en France à travers la pensée de trois auteurs : Paul Ricœur, dont l’œuvre infléchit la philosophie depuis près d’un demi-siècle, Monique Canto-Sperber et Patrick Pharo . La philosophie morale qui a, comme l’a montré et prouvé Monique Canto-Sperber, vécu un extraordinaire renouveau au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, présente aujourd’hui plusieurs traits significatifs. Tout d’abord, sans renoncer à la position déontologique héritée de Kant, mais en restreignant malgré tout la dimension procédurale de l’éthique, la réflexion contemporaine, telle qu’elle apparaît sous la plume de ces trois philosophes, restitue une place importante à la téléologie et n’exclut pas que l’action puisse raisonnablement viser quelque chose comme le bien ou la vertu, en incluant des questions : « que voulons-nous ? Que désirons-nous ? » Ainsi les idées de bien et de vertu y retrouvent une plénitude dont nous avions peut-être oublié la possibilité. En ce sens la pensée éthique se situe au confluent des deux traditions philosophiques. Il ne s’agit pas de vœux pieux ou d’un syncrétisme vague. Bien au contraire il s’agit – c’est le deuxième trait – d’un travail de précision qui consiste, selon l’expression de Monique Canto, à « décrire » et à « dissocier » les différents moments de cette enquête, et à comprendre que le fait que la pensée éthique ne puisse dégager des fondements irrécusables ne l’empêche en rien d’aboutir à tel ou tel jugement fondé non seulement en conviction, mais aussi en raison. Ainsi – c’est le troisième trait – le domaine de l’éthique – des éthiques – appliquée(s) trouve-t-il une dignité et un sérieux dont il ne pouvait être crédité tant qu’il était conçu sous le strict aspect de sa subordination.

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