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Ontologie et politique de la violence chez Hegel

Hegel, La paix, la violence

Du point de vue sémantique, on peut définir le terme de violence à partir de plusieurs perspectives : dans une perspective morale, la violence apparaît comme une atteinte grave à la dignité de la personne humaine ; dans une perspective juridique, comme une négation du droit et de la loi ; enfin dans une perspective historique et politique comme un conflit sous toutes ses formes (guerre civile ou guerre au sens militaire). Dans le cas de la philosophie hégélienne, on pourrait être tenté de réduire la violence à la guerre comme relation interétatique. En effet, l’esprit objectif, le monde sociopolitique et historique du droit, semble être l’espace propre où la violence se manifeste dans les relations entre États souverains. Pourtant, la guerre comme violence étatique suppose aussi une précompréhension de la dimension ontologique de la violence. La Logique a la priorité pour ce qui est de la définition des concepts que les sciences particulières utilisent. On le montrera pour ce qui est de la violence (Gewalt) et des concepts utilisés pour penser la guerre, comme l’être-pour-soi et l’idéalité.

Pour cela, on propose de traiter les thèses suivantes au sujet de la violence chez Hegel :

— la violence n’est pas d’essence anthropologique, mais a d’abord une signification ontologique ; il n’y a pas de naturalisation possible de violence, au sens d’une assignation à une nature du vivant, humain ou animal. Il y a de la violence quand un certain type de relations entre les éléments d’une totalité prédomine ;

— la violence est à la fois au seuil de l’histoire (l’état de nature, le droit des héros) et dans l’histoire (la guerre) ; dans un cas elle répond à l’aporie de l’autofondation (impensable) du droit, dans l’autre elle renvoie à l’auto-affirmation de l’État dans son rapport aux autres États ;

— la violence étatique est subordonnée à ce que Hegel appelle « le droit absolu de l’Idée ». La pensée de la succession des esprits du peuple selon l’Idée remplace l’idée kantienne de pax perpetua. L’ordre historico-spirituel sous la forme des esprits du peuple rend alors vaine la thèse d’un ordre juridico-politique organisant la confédération pacifique des États. Sans ce droit de l’Idée, la guerre ne serait que chaos et violence sans raison ; avec ce droit, par-delà la contingence des guerres et des motifs de se faire la guerre, se dessine une nécessité supérieure à l’œuvre, qui subordonne la violence à la fin de l’Idée.

En résumé, la violence possède une nécessité ontologique qui se fonde dans la Logique ; cette nécessité se dévoile dans l’histoire par le phénomène de la guerre ; enfin le philosophe spéculatif conçoit cette violence dans l’histoire comme faisant partie d’un processus qui la relativise.

Cette analyse de la violence permet de montrer la signification de l’idéalisme chez Hegel. Il ne s’agit pas d’une forme de vaporisation de l’être dans la pensée ou dans sa Vorstellbarkeit. L’idéalité hégélienne signifie l’idéalisation de la réalité, processus par lequel des éléments hétérogènes en relation d’extériorité s’intériorisent. Pour cela, on doit les penser dans une relation spécifique qui n’est ni l’action réciproque, ni l’harmonie comme correspondance réglée de réalités isolées au sens monadologique. Cette Aufhebung de l’extériorité est la fluidité, le devenir-fluide de ce qui tend à se durcir comme moment autonome. La violence de la guerre empêche la société civile de réaliser son aspiration à l’indépendance par rapport à l’État ; elle interdit aussi de penser l’histoire comme une stabilisation des rapports entre États. Il y a ainsi un paradoxe : si l’État est stabilité, la violence de la guerre est la négation effective de celle-ci afin qu’il se pose comme État effectif.

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Ontologie et politique de la violence chez Hegel (extrait)

Ontologie et politique de la violence chez Hegel (complet)

7 janvier 2026/par Giassi Laurent
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