L’étude du concept de nature dans les cours du Collège de France est, selon Merleau-Ponty, une façon d’affronter notre situation philosophique présente, dont la crise s’exprime dans la formule de Fink : « nous vivons dans des ruines de pensée » (MBN VI, 2) et qui se présente, en langage leibnizien, comme le « labyrinthe de l’ontologie ». La crise de la philosophie est la crise des concepts métaphysiques nommant les trois domaines fondamentaux de l’être que sont la nature, l’homme et Dieu. L’un des symptômes de cette crise est que le naturalisme, l’humanisme et le théisme ne sont plus discernables, les frontières se sont brouillées entre les domaines de l’être, qui passent l’un dans l’autre. Aucune région de l’être ne peut plus prétendre fonder ou expliquer les autres ou être « le lieu métaphysique de leur cohérence ». […]

Comment penser notre confusion pour qu’elle révèle sa teneur ontologique ? Merleau-Ponty se propose d’entrer dans la question de l’être par la porte de la nature, en revenant à la Stiftung cartésienne de la conception moderne de la nature et en confrontant la nature des classiques aux perspectives ouvertes par les sciences aujourd’hui.

Cette étude donne quelques indications sur la façons dont Merleau-Ponty a ouvert ce chemin.