Selon le Vice-Président américain Al Gore, ou le Commissaire européen Bangemann, le 21e siècle sera celui de la communication, du Primat communicationnel, de la société de communication.

Les fameuses « autoroutes de l’information » tracées par la déesse électronique seraient de nature à bouleverser l’organisation sociale et sociétale, bien au-delà des figures de la Société télécranique fantasmée par George Orwell.

Le projet américain de « National Information Infrastructure » aussi bien que la conception européenne de « Société planétaire de l’information » sont fondés sur le postulat selon lequel les mutations technologiques en cours commandent un nouveau mode de régulation sociale, génèrent une nouvelle organisation de la cité car « cette révolution de l’information… » « … changera définitivement la façon dont les gens vivent, travaillent et interagissent entre eux » (Al Gore).

Ce discours contemporain sur les « autoroutes de l’information » ne consiste pas seulement à décrire les mutations en cours et à mesurer leur portée en termes de pratiques sociétales. Il se présente, intrinsèquement, comme un projet politique au terme duquel une véritable révolution cybernétique serait accomplie, remettant profondément en cause les modes de fonctionnement de la cité. Ce nouveau modèle s’imposerait à l’échelle universelle, dans une logique de « globalisation », de « mondialisation » telle que Mac Luhan lui-même n’avait osé l’imaginer dans ses visions du « village planétaire ».

Mais cette nouvelle société fait elle-même apparaître ce qu’un ouvrage récent a qualifié de « nouveaux maîtres du monde », parfaitement émancipés des modalités classiques du recrutement politique telles qu’institutionnalisées par la normativité juridique : aujourd’hui, aux Etats-Unis, chacun sait que la puissance de Bill GATES est déjà, d’une certaine manière supérieure à celle de Bill CLINTON.

Ce discours politique tend à définir un nouveau sens de l’histoire, d’autant plus implacable qu’il repose sur un déterminisme technologique. Cette fatalité technologique rendrait tout volontarisme politique et juridique illusoire et nocif. Le stockage et la diffusion numérique permettant une multiplication exponentielle des réseaux de communication et des services inter-actifs, conférerait dans de nombreux domaines, une liberté de choix quasiment illimitée au profit des usagers-citoyens. Un discours d’inspiration libertaire, un peu angélique, adhère à cette conception nouvelle de la régulation sociale en décrivant notamment le réseau Internet comme un nouveau forum, une nouvelle « agora » du libre-débat entre tous les citoyens.

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