A la gloire de la phronèsis. Ethique à Nicomaque, livre VI

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C’est un étrange destin en vérité que celui du Livre VI de l’Éthique à Nicomaque et singulièrement du concept de phronèsis (traduit par prudence sur le modèle de l’équivalent latin prudentia ou par sagesse pratique). La réhabilitation actuelle du concept —voire son apologie militante —se fait dans un environnement philosophique strictement moderne qui a peu —voire rien —à voir avec l’environnement théorique et pratique de l’éthique aristotélicienne. Il s’agit bien d’un effort pour faire coïncider deux sites culturels hétérogènes et procéder ainsi à une répétition que les uns diront créatrice et les autres forcée. Le caractère extraordinairement complexe, voire tortueux, de ce texte, explique en partie la surinterprétation dont il est devenu la cible. Ceux qui sont familiers avec l’ouvrage de Pierre Aubenque —La Prudence chez Aristote—ont déjà pu être frappés par le caractère de survol de la lecture proposée qui embrasse en fait l’ Éthique en son entier, focalisée, il est vrai, sur la phronèsis. Il reste qu’on est confronté à un ouvrage qui commence par la cosmologie de la contingence et du temps opportun et retarde jusqu’à la page 100 l’examen de quelques concepts anthropologiques tels que délibération, choix, jugement; c’est alors qu’on se propose de donner non un commentaire mais une « interprétation » de la vertu de prudence, interprétation qui ramène en arrière jusqu’à la source tragique. 

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