Emile Benveniste et la linguistique du dialogue

Les études d’Émile Benveniste réunies dans les deux volumes des Problèmes de linguistique générale (1966 et 1974) sont caractérisées par une approche à la fois purement linguistique — et ceci au sens le plus technique du terme — et distinctement philosophique des questions traitées. Par « philosophique » nous n’entendons pas l’élaboration d’un système spéculatif cohérent mais plutôt la mise en lumière, dans l’analyse des faits linguistiques, de leurs implications les plus générales concernant la nature du langage, sa place dans l’ensemble des activités humaines, et avant tout le rôle de la subjectivité humaine dans l’exercice de la parole. Il y a, chez Benveniste, une extrême sensibilité à la dimension philosophique des problèmes du langage, même si celle-ci n’est jamais abordée chez lui en référence explicite à la tradition de la métaphysique du langage, telle qu’elle s’est développée dans la pensée occidentale depuis Platon jusqu’à Heidegger, en passant par la scolastique médiévale, puis par Hamann, Herder et le romantisme allemand. Une exception notable est représentée par la philosophie analytique et en particulier par J.L. Austin et l’école d’Oxford, à laquelle Benveniste a consacré une remarquable étude, centrée sur la question des énoncés « performatifs ». Mais cet intérêt pour la philosophie analytique est dû, selon Benveniste lui-même, au fait que celle-ci échappe à la « métaphysique », pour laquelle les linguistes ressentiraient une « aversion » qui « procède avant tout d’une conscience toujours plus vive de la spécificité formelle des faits linguistiques, à laquelle les philosophes ne sont pas assez sensibles »

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