On admet que la description d’un mot, d’une expression ou d’une phrase ne saurait se réduire à celle de sa prononciation ou de son écriture. Ce que l’on appelle « sens », c’est cette insuffisance reconnue à la description de la seule face visible des êtres linguistiques. De là on conclut d’habitude à l’existence d’une face cachée du signe linguistique. De même, ayant observé que le locuteur ou l’écrivain sentent souvent l’impropriété, l’inadéquation de tel ou tel mot d’abord envisagé, on conclut quelquefois qu’il y a, derrière la parole et l’écriture, une pensée, une intention qui obligent à préférer certains mots à d’autres. L’étude du sens viserait ainsi à découvrir une arrière-boutique de la langue, en supposant, au delà des mots, des entités qui ne relèvent pas de la langue. Ces entités supposées, on peut les appeler « choses réelles », ou bien « idées », « croyances », « notions », ou encore « attitudes sociales ». La description sémantique semble ainsi exiger que l’on sorte de la langue si l’on veut expliquer qu’elle ne se réduit pas à son aspect perceptible. Par définition, la sémantique imposerait donc de renoncer au principe structuraliste, qui interdit de décrire les objets d’un domaine à partir des objets d’un autre domaine.

A l’opposé de ces idées, on essayera d’esquisser une autre conception du sens, plus compatible avec le projet structuraliste. Selon celle-ci, l’insuffisance de la description d’un être linguistique par son aspect « visible » tient à ce que cet être est constitué par ses rapports avec d’autres entités de la langue, plus précisément par les rapports qu’il entretient avec elle dans certaines formes de discours. Il se s’agit plus alors de remplir ce vide appelé habituellement « sens », mais de le décrire comme un appel au discours – et non comme le pressentiment d’une chose absente.

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