‘Sociologie et philosophie’, d’Emile Durkheim : Le social et le mental

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Le recueil Sociologie et philosophie rassemble des textes de Durkheim parus à des dates différentes et portant sur des objets variables. On s’efforcera ici de ressaisir l’unité de la démarche de Durkheim à partir d’un problème précis.

Partons de la confrontation entre sociologie et philosophie telle qu’elle fut organisée par Célestin Bouglé lorsqu’il rassembla ce recueil. La sociologie, ayant acquis son indépendance comme science, se retourne vers la philosophie avec laquelle elle a d’abord rompu. Plutôt qu’une rivalité entre deux entreprises théoriques concurrentes, où l’une essaie de couronner l’autre, il s’agit d’une rencontre sur un terrain commun où la philosophie accepte de poser ses questions – le rapport de l’esprit et du monde – en examinant des données empiriques – le mental – et où la sociologie vient théoriser son propre objet : le social. La signification de cette rencontre doit se lire en deux sens. D’une part, le social constitue lui-même une forme d’activité mentale, c’est-à-dire qu’une société est un ensemble d’idées et de croyances – conception essentielle pour une sociologie qui a mis au cœur de ses préoccupations le problème de l’éducation. D’autre part, et plus profondément, le mental est déjà une forme d’activité sociale, puisqu’il consiste en une association d’idées – notion qu’il faut entendre au sens de la psychologie associationniste mais plus encore en un sens sociologique : l’association n’est pas une simple relation entre des idées ou des individus, elle produit une réalité nouvelle. C’est la grande découverte de Durkheim : le social constitue « une synthèse sui generis » à partir des individus séparés…

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