Cette étude, qui se propose de cerner la différence spécifique de l’objet dans la psychanalyse, soutient un rapport constant, mais tacite avec la conception psychologique de l’objet contre laquelle s’enlève la théorie analytique: il appartient au lecteur de reconnaître pour son propre compte ce rapport singulier. 

La psychanalyse marque l’entrée dans la vie quotidienne d’une dimension nouvelle, l’inconscient. Le fait n’a pas échappé à ceux qui, depuis un demi-siècle, s’intéressent de quelque façon à l’homme. Scandale, imposture, découverte, révélation, révolution sont les mots qui ont salué puis consacré son avènement. 

Et pourtant le psychanalyste ne cesse de se tenir jalousement à l’écart et de se montrer à l’égard des non-analystes, passionné, méfiant et jaloux; conteste-t-on le bien-fondé de son art qu’il éprouve aussitôt pour le Gentil qui objecte, la passion la plus vive, rêvant tour à tour de l’occire ou de le convertir, si ce n’est de le laisser choir dans l’ombre d’un mépris sans fond; mais s’il se trouve qu’un prince de l’ordre régnant, néophyte ou simplement libéral, en vienne à donner droit de cité à la psychanalyse, aussitôt le psychanalyste se défie: la psychanalyse peut-elle jamais être officielle, reconnue? Il voit dans ce ‘plein droit’ le signe sûr d’une profonde méprise. 

Il est vrai qu’aujourd’hui le psychanalyste qui soutient ou défend l’originalité de l’inconscient parait enfoncer des portes ouvertes et se battre contre des moulins à vent: l’inconscient a sa place dans toutes les revues, la grande presse, dans les salons aussi bien que dans les usines, dans les écoles et dans les hôpitaux, dans la police et dans les comités politiques; et Freud serait sans doute bien étonné de voir la psychanalyse installée à son tour dans les citadelles de l’ordre établi, dans l’Eglise, dans l’Armée. Contre qui, contre quoi le psychanalyste aurait-il encore à se battre? La révolution psychanalytique est faite, l’inconscient reconnu; n’en parlons plus.…

Note de l’éditeur: Le lecteur trouvera ici le texte d’un séminaire tenu par Serge Leclaire à l’ENS et publié dans les Cahiers pour l’analyse en 1966.

Document joint