Si l’on se reporte à l’article MECHANICIEN de l’Encyclopédie et notamment à sa conclusion, on constate qu’en 1765 on ne peut faire qu’une critique modérée des médecins mécaniciens : on peut certes, à l’instar de D’Alembert « dans son admirable ouvrage sur l’hydrodynamique », dénoncer l’abus des mathématiques dans la médecine mais non pas condamner les mathématiques elles-mêmes « parce que, conclut l’auteur anonyme de l’article MECHANICIEN, ce serait proscrire les ouvrages de ce siècle les plus savants, et qui en général répandent le plus de lumière sur la théorie de l’art ». Suit une liste d’auteurs qui ne sont pas, contrairement à ce qu’on attendrait, des mathématiciens mais des médecins qui ont cherché à appliquer la géométrie à la médecine et dont un certain nombre relève de l’iatromécanisme ou de l’iatrochimie, c’est-à-dire de mouvements de pensée qui prolongent directement le mécanisme cartésien. Ces auteurs sont à louer, non pour leur pratique, mais pour la lumière qu’ils ont répandue « sur la théorie de l’art ». On comprend par cette conclusion que le mécanisme médical initié par Descartes a acquis la force d’un paradigme. Dès lors, toute critique du mécanisme cartésien ne peut être qu’ambivalente dans la mesure où elle ne peut se développer que dans un cadre de réflexion mécaniste. Nous voudrions montrer que la critique diderotienne du mécanisme cartésien dans le Rêve de D’Alembert n’échappe pas à cette règle.

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