Au XXe siècle Martial Gueroult a été un des rares à réfléchir à sa pratique d’historien de la philosophie, à penser au sens de la démarche qui consiste à reconstruire une philosophie, à en dégager la vérité sous forme d’une possibilité de pensée réalisée dans un système particulier. Gueroult souhaitait publier ses réflexions dans un ouvrage en deux parties intitulé Dianoématique, dont la deuxième partie a été publiée avant la première. La première partie de la Dianoématique s’intitule Histoire de l’histoire de la philosophie ; la deuxième partie, Philosophie de l’histoire de la philosophie, contient les bases théoriques des conditions transcendantales d’une histoire de la philosophie. En raison de la méfiance du grand historien à l’égard de l’idéalisme hégélien accusé de prendre des libertés à l’égard de la réalité, on comprend l’articulation de l’ensemble où la partie historique précède la partie réflexive sur l’histoire. On peut parler ici d’une métaphilosophie (philosophie… de la philosophie) si par là on entend une analyse des conditions de possibilité de l’histoire de la philosophie qui devient condition de la philosophie elle-même et de la légitimité de ses opérations discursives ayant pour objet de produire une connaissance vraie. Cette métaphilosophie présuppose une historicité de la pensée, qu’il s’agit de convertir en nécessité idéelle sans abolir la contingence initiale. La philosophie de (l’histoire de) la philosophie part des philosophies qui se sont effectivement produites dans l’histoire afin de régresser aux conditions de toute philosophie.
https://philopsis.fr/wp-content/uploads/2010/08/hegel_philopsis.jpeg262200Giassi Laurenthttps://philopsis.fr/wp-content/uploads/2020/02/logo_philopsis3-300x107.pngGiassi Laurent2020-01-14 19:54:542021-11-08 17:43:41La conception spéculative de la vérité selon Hegel: organicité, systématicité, historicité
https://philopsis.fr/wp-content/uploads/2020/11/Gottlob-Frege-philopsis-e1605692213421.jpg436328Ambroise Brunohttps://philopsis.fr/wp-content/uploads/2020/02/logo_philopsis3-300x107.pngAmbroise Bruno2019-09-03 22:06:182021-11-06 09:19:11Pragmatiques de la vérité: sens, représentation et contexte, de G. Frege à Ch. Travis
Dans cette introduction, on trouvera analysées quelques notions fondamentales sur lesquelles Frege (1848-1925) a déployé sa réflexion. Exemplaire, tant par la clarté de l’exposition que par la rigueur des analyses, cette réflexion est celle d’un philosophe pour qui la recherche du vrai exclut toute forme de concession ou de compromis ; les polémiques qu’il engage avec ses contemporains (J.-S. Mill, Boole, Kerry, Husserl,…), en dépit de leur caractère parfois féroce, toujours incisif, n’ont d’autre motivation que l’exigence de précision conceptuelle et de rigueur que lui-même imposait à sa propre pensée. Le psychologisme fut sa cible principale. Conscient que la vérité n’admet pas de demi-mesure, et que la recherche du vrai est le seul absolu du philosophe, il donna raison aux objections que Russell (1902) lui adressa, et qui concluaient vingt années de labeur consacrées à la fondation logique de l’arithmétique, par un constat d’échec. Dans les pages qui suivent, sont abordées les notions suivantes : Concept, Dénotation, Existence, Jugement, Pensée, Unité, Vérité.
https://philopsis.fr/wp-content/uploads/2020/11/Gottlob-Frege-philopsis-e1605692213421.jpg436328Piquemal Vincenthttps://philopsis.fr/wp-content/uploads/2020/02/logo_philopsis3-300x107.pngPiquemal Vincent2016-06-11 10:07:342021-11-06 09:14:38Introduction lexicale à la pensée de Frege
Pour situer la question d’aujourd’hui, je partirai de l’héritage cartésien. Descartes nous apprend que les objets de notre pensée relèvent d’une des trois notions primitives de l’esprit. Les deux premières, qui distinguent l’âme et le corps, ouvrent le chemin que l’esprit doit suivre pour trouver la vérité. La troisième, qui les réunit en un seul être, est la dimension de la vie. La perception sensible relève de la troisième notion primitive dans la mesure où le monde qui s’ouvre à elle est celui d’une âme unie à un corps. Quel que soit son rôle dans la vie et même dans la connaissance, la perception sensible souffre d’un préjugé fondamental consistant à attribuer sans critique aux choses ce qui en apparaît dans l’union. « La principale erreur et la plus ordinaire », dit la 3e Méditation, « consiste en ce je juge que les idées qui sont en moi sont semblables ou conformes à des choses qui sont hors de moi » (Alquié II, 334).
https://philopsis.fr/wp-content/uploads/2020/12/merleau_ponty-philopsis-e1608719395415.jpg374320Pascal Dupondhttps://philopsis.fr/wp-content/uploads/2020/02/logo_philopsis3-300x107.pngPascal Dupond2015-06-05 10:52:372023-08-15 10:30:26Comment la Phénoménologie de la perception comprend-elle la question de la vérité?
Les bouleversements conceptuels introduits dans les sciences de la nature, depuis la révolution opérée au dix-septième siècle, pourraient fort bien se mesurer à l’aune d’une incertitude radicale : à la base des concepts et théories scientifiques, il y a désormais des indécisions. Ainsi, que l’espace soit absolu (Newton) ou relatif (Leibniz), cela n’empêche pas la mécanique d’être newtonienne ; il en va de même pour le temps. Par-delà ce couple de l’absolu et du relatif, on pourrait poursuivre les exemples et voir que les sciences exactes ont progressé tout en multipliant les indécisions, comme celles qui portent sur le continu et le discontinu, le fini et l’infini, le local et le global, etc. Ces indécisions ont la particularité de n’être pas préjudiciables au contenu et au développement des théories proprement dites ; elles relèvent des « fondements ». Tel est l’un des plus intrigants parmi les paradoxes de la science moderne, que le progrès de cette science conduit petit à petit à une dissociation entre son fondement et son contenu, comme si la science n’avait de compte à rendre qu’à elle-même. Indifférente à son origine, la science se soucie seulement de son but, qui est de trouver l’unité entre toutes les lois de la nature. Ainsi Newton, vers la fin de la préface de ses Principes mathématiques de la philosophie naturelle, affirmait-il que la synthèse conceptuelle effectuée en mécanique pour intégrer les phénomènes d’attraction et de gravitation pourrait peut-être, suivant un schéma identique, s’étendre à l’avenir à d’autres ordres de phénomènes.
Toutefois la progression vers l’unité des lois n’a rien de calme. Réfléchissant sur les leçons à tirer des développements révolutionnaires de la physique au vingtième siècle, le grand physicien Werner Heisenberg a montré que les modèles conceptuels de solution définitive n’existent que pour des domaines d’expérience limités ; une grande erreur de la physique moderne aura justement été de croire que le modèle fourni par la mécanique newtonienne pouvait s’appliquer à tous les domaines, comme celui de l’expérience sub-atomique. Nostalgique d’une réflexion sur les fondements, la philosophie peut même pousser un cri d’alarme, qui avait déjà été émis en son temps par Hegel. Selon Hegel, tout le mouvement d’idées vers la loi unique de la nature est un mouvement d’appauvrissement. Supposons en effet que la vérité réside dans l’unité universelle considérée en elle-même. La loi newtonienne de la gravitation universelle résulte de la coïncidence de deux lois déterminées : la loi de la chute des corps (Galilée) et les lois empiriques du mouvement planétaire (Kepler). Mais au lieu de comprendre l’unité de ces deux lois déterminées, dans la soi-disant unité supérieure chacune perd sa déterminabilité propre. Au lieu d’exprimer les deux lois simultanément, la loi unique de gravitation universelle se place au-dessus de chacune d’elles, de sorte que son vrai contenu (qui est le phénomène ou la chose sensible) n’est pas différent de sa forme. La loi supérieure d’unification ne procure tout au plus qu’un concept de la loi, un concept qui cependant a la particularité de passer auprès de l’esprit scientifique comme l’être lui-même. Il faudrait trouver une puissance cognitive qui tourne le concept de la loi contre la loi, à défaut de quoi la soi-disant unité supérieure n’indiquera jamais qu’un appauvrissement vis-à-vis du vrai contenu de la nature. Tant qu’elle s’en tient à son projet de connaissance de la chose sensible, la science se détourne en fait de son but, au moment même où elle croit s’en approcher…
https://philopsis.fr/wp-content/uploads/2021/01/Werner-Heisenberg-philopsis-e1609757169318.jpg465370Kerszberg Pierrehttps://philopsis.fr/wp-content/uploads/2020/02/logo_philopsis3-300x107.pngKerszberg Pierre2010-01-13 18:24:462024-04-29 07:20:39Perspectives critiques sur le concept scientifique de nature
Frege, considéré souvent comme le fondateur de la logique moderne, avait une haute idée de la philosophie qu’il a toujours associée directement ou indirectement à sa réflexion sur les mathématiques1. Voir la philosophie se rapprocher de la psychologie l’inquiétait car il y voyait un affaiblissement du pouvoir de la pensée. Le psychologisme qu’il a critiqué, débusqué jusque chez Husserl, tend à réduire la pensée à la représentation révélant son étroite parenté avec l’idéalisme quand ce dernier réduit le monde et les choses à la représentation. Ainsi la psychologie qui découvre les lois de la représentation prétend énoncer aussi les lois de la pensée. Frege réagit vigoureusement en montrant que les lois psychologiques de la représentation dépendent des lois plus fondamentales qui sont les lois des nombres étroitement liées aux lois de la pensée, d’où la vanité du projet qui consiste à réduire les lois mathématiques à des lois psychologiques. La confusion de la pensée avec la représentation entraîne une seconde conséquence. Pour des philosophies imprégnées de psychologie, comme Brentano ou Husserl, la représentation n’est pas liée à une excitation corporelle dont elle dépendrait mais à une conscience ou subjectivité indépendante des affections naturelles et corporelles. En réduisant la pensée à la représentation, le psychologisme met en péril l’objectivité et la vérité visées par toute pensée ; en faisant dépendre l’objet de la pensée d’une forme qui serait le « je pense », la révolution copernicienne n’échappe au relativisme qu’en postulant l’universalité du sujet. Peut-on sortir du subjectivisme (Brentano, Husserl) ou du naturalisme (Fechner, Mach) propre à la conception psychologique de la pensée et éviter à la fois le solipsisme et le scepticisme ?
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