Le § 16 des Minima moralia s’intitule, dans l’original, „Zur Dialektik des Taktes“, c’est-à-dire, littéralement, « Sur la dialectique du tact », « Au sujet de la dialectique du tact », « A propos de la dialectique du tact ». Il ne peut dès lors nullement désigner un propos complet sur la notion en question, mais ne peut qu’en proposer une esquisse, que se donner comme fragment sur ce qui est soi-même fragmenté, la vie éclatée, endommagée. Le tact, valeur éminemment individuelle, qualité personnelle s’exprimant dans des relations interpersonnelles concrètes, est traité par Adorno depuis son fonds objectif, la substance spirituelle qui l’a jusqu’ici supporté, les formes culturelles collectives qui, jusqu’alors, lui donnaient son sens. Il apparaît qu’il est devenu obsolète au temps de la domination de l’industrie culturelle et de la destruction de masse des individus. A l’époque contemporaine, il en est réduit à être insignifiant, et donc ignoré dans la barbarie, ou caricatural, et ainsi simple politesse formelle, vide de signification. L’heure du tact a sonné, pour le dire en un mot ; ce dernier est, à bien des égards, un mort qui ignore son état.