Descartes n’a jamais tu son mépris à l’égard des objections que Hobbes lui avait adressées sur ses Méditations à la demande du Père Mersenne. Son dédain s’affiche au sein même des réponses, où il n’hésite pas à se montrer agacé, mais il l’exprime plus directement à deux reprises dans sa correspondance avec Mersenne. Alors qu’il vient de les recevoir et les a rapidement parcourues, il écrit à Mersenne :

« […] ceux qui les ont faites [les deuxièmes et troisièmes Objections] semblent n’avoir rien du tout compris de ce que j’ai écrit, et ne l’avoir lu qu’en courant la poste, en sorte qu’ils ne me donnent occasion que de répéter ce que j’y ai déjà mis ; et cela me fait plus de peine que s’ils m’avaient proposé des difficultés qui donnassent plus d’exercice à mon esprit ».

Les reproches de Descartes s’adressent tant aux objections rédigées par Hobbes qu’à celles qui ont été élaborées par divers théologiens et philosophes puis recueillies par Mersenne. Cependant l’édition bilingue des Méditations de Jean-Marie Beyssade suggère que le minime est peut-être le principal auteur des secondes objections. On sait en effet que Descartes n’a jamais éprouvé beaucoup d’admiration pour l’intelligence du père Mersenne ; certaines des lettres qu’il lui adresse le laissent sentir. Cependant, dans la mesure où Mersenne ne signe pas ces objections, il est relativement aisé à Descartes, même s’il l’a reconnu derrière ces critiques, de faire comme si elles venaient vraiment d’autrui et de les déconsidérer immédiatement. Par ailleurs, dans la mesure où ils discutent auparavant par lettres  des difficultés que Mersenne voit dans les Méditations, Descartes doit aussi particulièrement bien pouvoir faire la part des choses et savoir ce qui vient directement de Mersenne et ce qui vient de ses amis théologiens. Ajoutons encore que, dès la réception des deuxièmes objections, Descartes s’est dit satisfait de leur réception…

https://www.cairn.info/revue-l-enseignement-philosophique-2011-4-page-27.htm