Entre 1700 et 1790, nombreux sont les textes où la critique de la civilisation européenne est faite par un sauvage américain, africain ou océanien. Pourquoi extraire de cet ensemble les Dialogues de Lahontan (Supplément aux voyages du baron de Lahontan où l’on trouve des Dialogues curieux entre l’auteur et un sauvage de bon sens qui a voyagé, 1703) et le Supplément au voyage de Bougainville de Diderot (écrit en 1771, corrigé en 1773 et 1778-1779, publié pour la premiière fois en 1796) ? Mis à part le thème général qu’ils ont en commun, leurs différences sautent aux yeux : les Dialogues ont pour auteur un aventurier des dernières années du XVIIe siècle; le Supplément, un écrivain professionnel, un philosophe de l’époque des Lumières; dans le premier écrit, le sauvage est un Huron, dans l’autre un Tahitien; chez les Hurons, l’existence est rude, la chasse n’assure pas toujours la subsistance de tous, la guerre sévit entre les peuples; chez les Tahitiens, l’existence est douce, la nature généreuse, le plaisir partagé par tous. Mais ces deux textes se ressemblent par la façon dont le civilisé y prend conscience de lui-même en faisant parler le sauvage…

https://www.erudit.org/fr/revues/man/1990-v9-man0302/1012614ar/