Le 18e siècle ne concevait pas comment la matière pouvait produire du vivant. Cet aveu d’impuissance, ou d’impossibilité théorique, représentait une objection majeure à la fondation d’une théorie matérialiste des êtres. Le recours à l’âme et au créateur restait légitime : l’apparition de la vie, la formation et la reproduction des êtres vivants, leur mouvement spontané, y trouvaient une explication. Certes, celle-ci n’offrait pas une science du vivant claire et distincte, où la matière s’expliquait avec toute la précision requise par la matière. Habilement, Buffon avait imaginé de distinguer matière morte et matière vivante. Dès les Pensées sur l’interprétation de la nature, Diderot émet des doutes sur cette solution à demi hylozoïste. Dans un univers où tout se rencontre, comment concevoir la coexistence de deux matières qui ne se mêleraient pas et n’échangeraient pas leurs propriétés ? Cette séparation est arbitraire.Ou la matière est morte, ou elle est vivante. En 1759, dans une lettre à Sophie Volland, Diderot s’interroge encore : « concevez-vous bien qu’un être puisse jamais passer de l’état de non-vivant à l’état de vivant ? »

https://www.persee.fr/doc/dhs_0070-6760_2005_num_37_1_2687