Nous ne nous lancerons pas dans ce qu’on pourrait appeler, non sans quelque pédantisme, une historiographie du déisme de Diderot. Pour nous, les jeux sont faits, dès 1746 (sinon bien avant, car, pour écrire « dans la semaine sainte », une œuvre aussi lapidaire et complexe que Les Pensées philosophiques, il fallait que la pensée en eût mûri depuis longtemps)  : « sceptique » est un euphémisme pour « athée » (« athée sceptique » pour employer la bizarre terminologie de Diderot), athée tranquille et non « athée fanfaron ». Alors ? Curieuse idée, dira-t-on, de s’intéresser à une des œuvres les plus ingrates de Diderot, La Promenade du Sceptique, inconnue de ses contemporains, inachevée, allégorique, mais à laquelle Diderot tenait assez pour en avoir longtemps et en vain réclamé la restitution à la police qui l’avait saisie ! Était-ce la préférence bien connue des parents pour les plus disgraciés de leurs enfants ?

Que nous prétendions que toutes les opinions ultérieures de Diderot sur la religion, en particulier dans La Promenade du sceptique « se terminent à des développements » des Pensées philosophiques, on ne nous croira sûrement pas sur parole. La Promenade manifeste t-elle une persistance ou une « rechute » de déisme ? L’image du Sceptique s’y est-elle déjà dévalorisée ? D’autre part faut-il prendre au sérieux l’intervention finale du spinoziste Oribaze, à la fin de L’Allée des Marronniers ? Est-ce une nouvelle « conversion » ou au moins un recul de Diderot ? En un mot, est-ce une œuvre complètement erratique qui ne mérite que l’oubli ou un jalon « nécessaire » et important dans son cheminement intellectuel ?

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