On cite souvent comme exemplaire ce passage du « Discours  préliminaire » de La Promenade du sceptique où Ariste (porte-parole probable de Diderot), représentant d’une nouvelle génération des Lumières, répond à un conseil de prudence que lui prodigue un Cléobule d’une génération précédente par un : « Imposez-moi silence sur la religion et le gouvernement, et je n’aurai plus rien à dire ». Cette phrase ferait signe en direction d’un changement d’ethos dans le parti philosophique qui se manifesterait par un glissement graduel du travail souterrain mis en œuvre par les clandestins vers un militantisme plus affiché. Certes, la recherche effectuée sur la littérature clandestine depuis quelques décennies a montré qu’il serait illusoire de vouloir établir une frontière précise entre deux âges dont l’un serait celui du manuscrit et l’autre celui de l’imprimé : nous savons en effet que la diffusion du manuscrit clandestin s’est poursuivie tout au long du XVIIIe siècle. Il n’en demeure pas moins que le mouvement philosophique s’est peu à peu consolidé autour de projets éditoriaux comme Les Nouvelles Libertés de penser, l’Encyclopédie, l’Histoire des deux Indes et d’autres travaux qui ont favorisé ce qu’on pourrait appeler son officialisation.

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