« Lettre sur les sourds et muets, à l’usage de ceux qui entendent et qui parlent, où l’on traite de l’origine des inversions, de l’harmonie du style, du sublime de situation, de quelques avantages de la langue française sur la plupart des langues anciennes et modernes et par l’occasion, de l’expression particulière aux beaux-arts »: lettre écrite par un auteur qui n’est plus jeune, mais en est encore à faire ses preuves; œuvre dont le principe d’unité semble résider dans l’intention d’émettre une opinion fracassante sur toutes les questions littéraires ä la mode en 1751. Diderot reprend pour les commenter des citations poétiques banales pour la plupart; il monte une attaque contre l’Abbe de Bernis, qui a le tort d’être un poète à succès et un écrivain à l’écart des scandales; il porte une estocade contre le rhéteur Batteux, pour des raisons qui demeurent à élucider ou qui sont peut-être plus triviales que ne paraît le suggérer la vigueur de l’attaque. Serait-ce donc une effusion littéraire disparate et enthousiaste, qui justifierait la réputation croissante à l’époque d’un Diderot « toujours assis sur le trépied »? Une œuvre enchâs- sant deux idées géniales mais négligeamment laissées en suspens: la comparaison de l’art aux hiéroglyphes, jamais élaborée, et la différence fondamentale entre les arts, abandonnée aux hommes de lettres et exploitée par Lessing ?

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