« Égaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n’ai qu’une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit : mon ami, souffle ta bougie pour mieux trouver ton chemin. Cet inconnu est un théologien. » Bien connue, la pensée VIII de l’Addition aux Pensées philosophiques accuse la théologie chrétienne de vouloir égarer les esprits crédules en dispensant des croyances et des spéculations hasardées ; le rapport au réel y est faussé et les données de l’expérience obscurcies, comme l’illustre la parabole de Diderot. Or, le temps est l’un des fils qui constitue la trame de l’expérience vécue. Il n’est pas indifférent de constater qu’en cette matière, saint Augustin (Confessions XI, 14) et Pascal (De l’esprit géométrique, I) souvent cités ou désignés à demi-mot dans les Pensées de Diderot sont prompts à restreindre leurs ambitions rationnelles. Frappés par le sentiment de leur propre impuissance à définir le temps humain, ils ne consentent ni l’un ni l’autre aux délices du pyrrhonisme : du bilan de leurs incertitudes, ils glissent à la Révélation qui consacre l’alliance du temps de Dieu et du temps des hommes.

Document joint

https://books.openedition.org/pup/10648