C’est à la Lettre sur les sourds et muets à l’usage de ceux qui entendent et qui parlent qu’est consacrée la première partie de ce numéroCette œuvre célèbre est cependant une des moins commentées de l’opus diderotien. Elle fut publiée début 1751, avec permission tacite et anonymement – l’auteur sortait de prison, mais donna à son ouvrage un titre qui, calqué sur la Lettre sur les Aveugles à l’usage de ceux qui voient, l’identifiait aisément. L’activité de Diderot était particulièrement intense, comme on le sait, dans cette période : le Prospectus de l’Encyclopédie est distribué en novembre 1750, mois durant lequel il s’occupe aussi de la publication du Premier Discours de Rousseau et de la finition du premier volume de l’Encyclopédie qui paraît en juin 1751. La Lettre sur les sourds et muets fut-elle donc écrite en une nuit, comme l’affirme Suzanne Necker ? La chose n’aurait, en tout cas, rien d’invraisemblable, Naigeon rapporte bien que certains textes de Diderot furent « conçus, écrits et imprimés le même jour ». Toujours est-il que Diderot, dans cette Lettre emplie de verve et d’enthousiasme, semble vagabonder entre une « multitude d’objets sur lesquels – dit-il – je me plais à voltiger ». Il y traite en effet « de l’origine des inversions, l’harmonie du style, du sublime de situation, de quelques avantages de la langue française sur la plupart des langues anciennes et modernes, et par occasion de l’expression particulière des beaux-arts », etc., ajoutera-t-on. À la sortie du « labyrinthe » où il a promené son lecteur, le voici d’ailleurs récapitulant les différents sujets croisés dans l’ouvrage.

https://journals.openedition.org/rde/4791