Tout en reconnaissant à Reinhold l’immense mérite d’avoir « attiré l’attention de la raison philosophante sur le fait que la philosophie tout entière devait être ramenée à un principe unique », et tout en reconduisant lui-même cette exigence, Fichte, dans sa Recension de l’Enésidème, affirme clairement (après Kant, à qui en revient la découverte) que la philosophie, une fois constituée comme science, devra nécessairement avoir la figure d’un cercle. Nous avons là la conjonction apparemment contradictoire d’une exigence de linéarité à partir d’un premier principe et d’un constat de circularité, conjonction à propos de laquelle Bernard Bourgeois a fait la remarque décisive selon laquelle, dans la Doctrine de la science de Fichte, l’enchaînement des propositions est à la fois linéaire — chacune d’elles étant uniquement déterminée par la précédente et non pas surdéterminée par la totalité des autres —, et circulaire puisque l’ensemble de la déduction est une totalité close faisant, à la fin, retour à son commencement. La position, à la fois intermédiaire et fondamentale que Fichte occupe au sein du débat post-kantien portant sur la fondation de la philosophie comme science, doit nous permettre, de comprendre la particularité de son penser qui, d’une part, reconduit l’exigence formelle — propre à l’entendement — de la linéarité du développement à partir d’un premier principe, et d’autre part reconnaît ce fait de la raison qu’est la nécessaire circularité du contenu spéculatif en son libre déploiement.

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