On sait que Sein und Zeit a pour seul objectif de réveiller la question de l’être. Cette question, Heidegger l’adresse au Dasein, qui est l’interrogé par excellence (das Befragte) de la question de l’être, car c’est lui qui se distingue par sa “compréhension” de l’être, fût-elle vague et générale. Il faut donc interroger le Dasein lui-même (ou cette compréhension) quant à son être, dans ce que l’on peut appeler une ontologie du Dasein, laquelle constitue l’ontologie fondamentale ou, à tout le moins, son passage obligé. Or comment penser l’être du Dasein? Question d’autant plus urgente que le Dasein se manque, se loupe le plus souvent. En fait, le Dasein n’est jamais donné tel quel, comme sujet isolé, il n’existe toujours que « dans » un monde, dans un certain « espace ». C’est pourquoi, dans les premières sections de SZ, Heidegger présentera l’être du Dasein comme In-der-Welt-sein, que François Vezin et Emmanuel Martineau traduisent par « être-au-monde ». La traduction n’est pas tout à fait inadéquate, mais Heidegger parle bien, même si cela est plus lourd en français, d’un être « dans » (in) le monde. Gadamer est de ceux qui ont bien vu pourquoi : « C’est certainement à dessein que Heidegger ne reprenait pas l’expression allemande usuelle, qui dit plutôt « être au monde » (auf der Welt sein). C’est qu’il voulait insister sur l’être-dans, le fait de s’y trouver, qui implique en même temps l’impossibilité de penser la totalité de l’être comme un étant. »

http://mapageweb.umontreal.ca/grondinj/pdf/Grondin_Dasein_et_sujet_chez_Heid.pdf