La philosophie de l’esprit de Leibniz peut être caractérisée tout à la fois comme traditionnelle, radicale et novatrice. Elle est traditionnelle lorsque l’on en énumère les principales thèses : l’esprit ou l’âme est une substance ; cette substance est immatérielle et immortelle ; elle est distincte du corps ; elle contient des idées et principes innés. Aucune de ces thèses n’est originale au XVIIe siècle : les premières sont communes aux scolastiques et aux cartésiens et les idées innées sont défendues par la tradition platonicienne, augustinienne et plusieurs cartésiens. Cependant la métaphysique de Leibniz leur confère un tour radical, notamment avec la théorie des monades développée dans les années 1700. Les réalités fondamentales, les monades, sont en effet de nature spirituelle, comme le souligne ce passage d’une lettre à Burcher De Volder :

En fait, en considérant la question avec exactitude, il faut dire qu’il n’y a rien d’autres dans les choses que des substances simples et en elles, de la perception et de l’appétit (Lettre à De Volder, 30 juin 1704, GP II, 270, nous traduisons).

Ce passage, très souvent cité par les commentateurs, paraît aller dans le sens d’une forme d’idéalisme, même si le statut ontologique des corps donne lieu à des interprétations divergentes. Mais les propriétés des monades sont indiscutablement mentales : la perception, c’est-à-dire la représentation par la monade d’un état du monde, et l’appétition, ou la tendance à passer d’une perception à une autre, dont le désir et la volonté humaine fournissent le modèle (M §14-15). Par un complet renversement du matérialisme, l’existence et la nature des corps dépend ainsi de la réalité de ces substances immatérielles analogues aux esprits : « la matière même ne saurait subsister sans substances immatérielles, c’est-à-dire, sans les unités » (NE IV, iii, §6). Et puisque ces briques fondamentales de la réalité sont caractérisées par des propriétés mentales, la théorie des monades implique ainsi une forme de panpsychisme.

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