Un théoricien du droit tel que Michel Viley établit que le concept du droit n’est consistant qu’à la condition d ‘en refuser toute réduction positiviste et historiciste et d’affirmer l’autonomie du droit par rapport à la morale et à la politique.

Or la pensée de Merleau-Ponty ne paraît en rien remplir ces conditions : le philosophe soutient dans Humanisme et terreur qu’il y a une unité fondamentale de l’ordre juridique et de l’ordre poli­tique. Cette unité signifie, non une soumission de la politique à une norme de droit, mais plu­tôt, et à l’inverse, une soumission de la norme de droit aux rap­ports de force, comme l’ont montré, exemplairement, les relations inter­nationales entre les deux guerres.

En outre, il ne suffit jamais, pour Merleau-Ponty, de penser intrinsèquement ou abstraitement l’idéal d’un droit juste, il faut toujours aussi examiner quel rôle cet idéal joue dans le fonction­nement social. Et on voit alors, comme le précise HT, que « l’idéal libéral de justice joue son rôle dans le fonctionnement des socié­tés conservatrices ».

Ainsi non seulement la loi positive est enrôlée dans le cir­cuit des rapports de force et de la conflictualité sociale, mais même la formulation d’une norme métapositive du droit (le juste), loin de faire du droit une instance critique légitime de la légalité factuelle ou positive, paraît bien relever d’une fonction de mystifi­cation, destinée à proroger les réalités de la domination et de l’exploitation. C’est pourquoi Merleau-Ponty critique le for­malisme des droits de l’homme, tel qu’il apparaît dans l’ « optimisme démo­cratique ».