Le chapitre 20 du Traité Théologico-Politique de Spinoza est un plaidoyer massif pour la tolérance, en particulier religieuse. Les commentateurs sont à cet égard unanimes et quiconque lit les dernières lignes du livre ne peut qu’en être convaincu. Cependant il doit aussi être frappé par l’infléchissement du ton et la rupture de style qui s’y opèrent par rapport au reste de l’ouvrage car il n’est plus question d’interpréter l’Ecriture ou de disséquer la nature universelle des religions. Il s’agit désormais de produire une argumentation qui tire la conséquence unique et, en un sens, révolutionnaire des longs et minutieux développements antérieurs, à savoir : « Dans une libre république chacun a toute latitude de penser et de s’exprimer ». Il faut comprendre que cette phrase, titre de l’ultime chapitre, est une véritable proposition, au sens mathématique du terme utilisé dans l’Ethique, et un manifeste dans son acception politique.

https://journals.openedition.org/philosophique/269