La contribution de Spinoza aux progrès de la tolérance est rarement recherchée dans les chapitres VIII, IX et X du Traité théologico-politique. Habituellement les commentateurs sautent par-dessus ces chapitres en arguant de leur caractère strictement exégétique ou philologique : ils concerneraient la seule science biblique. Nous pensons au contraire que c’est en ces chapitres que l’essentiel de la question de la tolérance se joue. En replaçant le TTP dans son contexte, il apparaît que l’objet principal est de neutraliser les pressions exercées par les théologiens, en particulier les calvinistes Contre-remontrants, contre la pratique de la philosophie. Or ces pressions sont fondées sur la sacralisation radicale d’un texte, la Bible. Pour les théologiens en effet « la Bible telle qu’elle est est comme une épître de Dieu envoyée du ciel aux hommes ». Si l’on peut montrer par une étude rigoureuse, indépendante des présupposés d’une philosophie donnée, que cette sacralisation est tout à fait absurde, alors on rend injustifiable l’impitoyable police de la pensée qui interdit toute activité philosophique libre, et plus généralement on justifie la tolérance. En ce sens la critique de l’Ecriture entreprise par Spinoza ouvre un espace pour la tolérance. Nous voulons donc examiner le contenu des chapitres VIII, IX et X en étant soutenu par l’idée qu’en ces chapitres, Spinoza ne prétendait pas seulement faire œuvre de savant et qu’il allait bien plutôt se servir des résultats de l’application de la méthode scientifique exposée au chapitre VII comme d’une arme redoutable, destinée à détruire dans ses fondements ce que nous appellerions aujourd’hui l’intégrisme religieux, en d’autres termes l’intolérance la plus radicale.