1— Présentation

Cette très succincte présentation liminaire ne dispensera pas le lecteur du traité De la réforme de l’entendement de s’informer au sujet de certains points relatifs à l’établissement du texte, à la vie de Spinoza, à la date de rédaction du traité, aux sources philosophiques auxquelles puise son auteur et aux influences qu’il a reçues (notamment par ses lectures), aux rapports du TIE (Tractatus de intellectus emendatione) aux autres ouvrages (notamment celui dont la rédaction est chronologiquement la plus proche : le Court traité), aux destinataires, enfin à l’inachèvement de notre traité, objet d’interminables débats, et sur laquelle je reviens très brièvement en conclusion.

Le De intellectus emendatione est l’une des premières œuvres dont Spinoza ait entrepris la rédaction, vraisemblablement en 1660 – 1661. Sa première édition, c’est-à-dire son apparition publique, est posthume (1677). L’avertissement n’est pas de Spinoza (peut-être de Jarig Jelles, avec qui il correspondit).

C’est une œuvre importante, dont bien des thèmes – « nombreuses choses excellentes et utiles », prévient l’avertissement – se retrouveront dans ce que le TIE annonce plusieurs fois comme la « philosophie » à venir, c’est-à-dire bien sûr l’Éthique, dont les dernières pages offrent la solution du problème existentiel sur lequel s’ouvre notre traité.

De nombreux passages du TIE (allusions, annonces, récapitulations) font voir que Spinoza le rédige dans la perspective d’une philosophie qui n’est sans doute pas déjà achevée (et dont rien ne dit qu’elle le sera même complètement à l’heure de sa mort), mais dont la structure essentielle est déjà bien formée dans son esprit. Il est par exemple significatif que dans la note c au § 13, Spinoza parle au présent d’un « lieu » (évidemment l’Éthique) où « ces choses sont plus amplement expliquées ». J’ai pris soin de signaler ces moments annonciateurs ou précurseurs, quoique toujours en résistant à la tentation de lire systématiquement le TIE à travers les lunettes de l’Éthique. On ne peut manquer de noter, par exemple, que s’il est régulièrement question de « l’être le plus parfait » (§ 38, 39, 49), de l’« être unique et infini » (§ 76), « un être qui soit la cause de toutes choses » (§ 99), Dieu n’assume à aucun moment dans le TIE  la fonction que lui assignera l’ouvrage de la maturité. Spinoza ne parle pas non plus d’amour de Dieu pour caractériser le « bien suprême » dont le prologue annonce la quête. L’étudiant en philosophie spinoziste peut néanmoins tirer profit de la mise en correspondance de bien des passages du TIE avec tel concept de la doctrine achevée, mais l’opération n’est légitime que sous la condition suivante : qu’on puisse admettre sans risque de se tromper, que Spinoza est déjà, quand il rédige notre traité, en possession de ce concept.

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