Pour la philosophie, y compris la philosophie des sciences, la science est largement restée « une affaire de discours ». La science est essentiellement théorie. Même les épistémologues comme Canguilhem qui ont fait descendre l’histoire des sciences du ciel mathématique ou de la physique vers « des régions où les connaissances sont beaucoup moins déductives » continuent de voir dans la science un phénomène qui relève davantage de la représentation que de l’action ou de la production.

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La philosophie (des sciences) souscrit à une sorte d’“externalisation” de la technique par rapport à la science. Ou, quand elle parle de phénoménotechnique, c’est pour mieux assimiler la technique à la théorie, c’est-à-dire à l’essence symbolique de la science. Elle présente ainsi la science essentiellement comme une activité « logothéorique » — le principal problème épistémologique étant de statuer sur le statut de la théorie scientifique (réalisme, etc.). Car supposer que la science est tendue même idéalement et/ou asymptotiquement vers un état symbolique définitivement stable (le tableau vrai du monde), c’est encore promouvoir le théorétisme issu de l’Antiquité. Même Thomas Kuhn, qui insiste sur la discontinuité et l’incommensurabilité des théories (paradigmes) se défend d’être relativiste et non progressiste.

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