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L’animal est désormais un thème “sociétal” majeur. Selon un sondage Ifop de 2013 pour la Fondation 30 Millions d’Amis, 89% des personnes interrogées se disaient favorables à la modification du statut juridique de l’animal dans le Code civil, par la création d’une catégorie nouvelle, à côté de celle de personne et de bien. Depuis 2015 (17 février) la loi reconnaît officiellement l’animal comme un « être vivant doué de sensibilité » et non plus comme un « bien meuble » ― ainsi le Code civil s’est-il mis en cohérence avec le Code rural et le Code pénal. En 2019, le Parti animaliste a obtenu 2,17 % des suffrages en France, aux élections européennes. Et l’évolution s’est encore accélérée.

La question de l’animal est devenue un enjeu politique central. Même si les animaux ne sont (toujours) pas reconnus comme des personnes ayant des droits formels, l’homme a des devoirs envers eux, à la mesure des menaces qu’il exerce sur eux ― individuelles pour les animaux domestiques, collectives pour les animaux sauvages. En marge de l’évolution du droit des animaux, peut-être « ultime étape de la démocratisation des droits », la question éthique de l’animalité est donc posée. Le discours dominant recommande d’adopter un comportement “plus éthique” à l’égard de l’animal, en le protégeant, en le soignant, en ne le faisant pas souffrir ou mourir inutilement, voire en s’interdisant de le tuer et d’en consommer la chair. Mais quel est le statut éthique de l’animal qui n’est plus une chose sans être encore (pleinement reconnue comme) une personne ?

On peut essayer d’examiner cette question pour elle-même, ce qui revient à la distinguer, autant que possible des droits de l’animal et de l’éthique environnementale (et de l’écologie en général). Plus précisément encore, on peut se demander ce que l’éthique animale fait à l’éthique. L’éthique animale constitue-t-elle un élargissement de l’éthique à l’animal ou engage-t-elle une redéfinition de fond en comble de l’éthique, notamment du statut du sujet éthique ? C’est ce qu’entend souligner le titre du cours, plagié du philosophe français contemporain J. Derrida1 : “l’animal éthique donc que je suis”.

Notre hypothèse est que l’éthique animale ne relève pas simplement de l’éthique appliquée à l’animal, mais qu’elle implique, au moins dans sa version radicale la plus active, une refondation animale de l’éthique. Ce n’est pas une question de (bon) sentiment, mais de principe. La violence humaine contre l’animal est la preuve que l’éthique humaine n’est pas encore éthique ou que l’humanité n’est pas assez éthique : l’éthique ne sera vraiment humaine que si elle est animale. Le progrès éthique de l’humanité passe par l’éthique animale. Mais quelle éthique animale est la plus appropriée ou adaptée pour satisfaire un respect pleinement éthique des animaux ?

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