Ce qui, nonobstant tout ce qui par ailleurs les sépare, rapproche incontestablement ces deux figures clés de la philosophie du xxe siècle que sont Wittgenstein et Heidegger, c’est la critique qu’ils ont exercée chacun à leur manière à l’égard de la métaphysique et de la tradition occidentale dans son ensemble. Ce qui paraît décisif à cet égard, c’est, comme le souligne Karl- Otto Apel dans un texte déjà ancien (1967) qui est pris ici comme base de réflexion1, leur commune mise en question de la métaphysique occidentale comme science théorique qui les conduit à considérer comme non valables les propositions métaphysiques traditionnelles, ce qui revient à suspecter un certain usage du langage qui repose sur ce qu’on pourrait définir comme un nominalisme au sens large. On entend par là, en suivant Apel, non pas seule- ment le nominalisme au sens strict, c’est-à-dire la doctrine qui nie l’existence des idées générales, mais aussi la thèse adverse, celle qui affirme le réalisme des essences et des universaux, car ce qu’ont en commun ces deux thèses opposées, c’est une même conception du langage, celle qui consiste à voir dans tous les mots des noms susceptibles d’être référés à des objets.

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