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vignette-vie-multitude.gif Si on a choisi ici la série conceptuelle vie-multitude-événement pour parler de la pensée du politique aujourd’hui, c’est parce que chacun de ces termes renvoie à une tentative originale pour refonder le politique après avoir déconstruit les présupposés du libéralisme comme philosophie implicite des démocraties modernes. Pourquoi choisir de parler d’auteurs comme Agamben, Badiou ou Negri et non pas de Rawls, Gauchet, Manent lorsqu’on veut parler philosophiquement de politique ? Indépendamment de tout engagement partisan, il s’agit de voir ce qu’a de radical la pensée de ces trois auteurs pour penser une nouvelle figure du politique irréductible à ses définitions habituelles. Ce qui nous intéresse ici c’est la critique illibérale du politique alors que des auteurs comme Pierre Manent ou Marcel Gauchet permettraient de comprendre la portée d’une critique du politique au sein du libéralisme, c’est-à-dire en acceptant les catégories de la démocratie représentative comme forme politique irrécusable. On envisage ici un autre pan de la pensée philosophique du politique : ce qu’on appellera la pensée illibérale du politique plutôt que la pensée antidémocratique qui prêterait le flanc à la polémique plutôt qu’à l’analyse. Depuis Platon, la philosophie entretient des liens tumultueux avec la démocratie, et si la disjonction du politique et de la philosophie n’est pas une simple séparation, plutôt un dialogue difficile, la particularité des trois penseurs est d’avoir pour point commun la critique de la démocratie et de l’Etat de droit. C’est aller à contre-courant, semble-t-il, que de s’en prendre à eux. De façon claire, leur objectif n’est pas de consolider les démocraties contemporaines en imaginant des dispositifs réformistes destinés à corriger certains défauts, à atténuer certains excès comme le font les « partis de gouvernement » dans les Etats actuels – mais dire qu’ils sont antidémocrates aurait ceci d’équivoque que l’antidémocratisme est un terme trop vague pour restituer l’intérêt de leur démarche. On parlera donc à leur sujet d’illibéralisme pour qualifier leur projet commun de dépassement des modes de penser du libéralisme politique : la philosophie des droits de l’homme et de l’Etat de droit, l’institutionnalisation du libéralisme sous la forme de dispositifs juridico-politiques destinés à faire prévaloir le droit comme système normatif, l’autorégulation des sociétés humaines par une extension de la gouvernance – rien de tout cela ne permet selon ces trois auteurs de donner une pensée exacte du politique, son état (ce qu’il est) et son devenir.
Ce qui rassemble ces trois penseurs est une critique radicale, souvent féroce, du libéralisme comme philosophie spontanée des démocraties occidentales au nom d’une autre pensée du politique.

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