En s’appuyant sur les plus anciens théoriciens du bien commun (Aristote et Thomas d’Aquin), on peut penser que l’homme, par son travail et ses entreprises, ne produit pas que des choses abstraites comme du profit, de la valeur ajoutée ou de la croissance. A travers ses activités, l’homme façonne le monde en lui ajoutant des biens : des voitures, des routes, des villes, des centrales nucléaires, des produits alimentaires, des contenus culturels, des robots, des armes… Il crée le monde commun dans lequel il va ensuite se nicher et pouvoir (ou pas) se développer en produisant des normes (respectées ou non) de partage des ressources, en rencontrant les autres de façon harmonieuse (ou non), pour, finalement, trouver (ou pas) son accomplissement et son bonheur.

Mais il paraît fondamental de se poser la question de savoir si toutes les activités créatrices participent au bien commun, c’est-à-dire à la construction d’un monde  » bon  » pour les hommes et leur épanouissement. La dimension éthique devrait donc être prioritaire par rapport à l’évaluation économique : rien ne sert de créer de la valeur ajoutée, de la croissance et même de l’emploi, si c’est pour construire un monde invivable. La question première n’est donc pas : est-ce que c’est profitable ou est-ce que ça crée de la croissance, mais cela est-il bon pour les hommes ? Car si l’économie détruit la substance même de la société (ses ressources naturelles et la qualité de son tissu social et culturel), le risque est de déboucher sur des sociétés riches mais inégalitaires, prêtes à verser dans le consumérisme ou le populisme identitaire (raciste, communautariste ou nationaliste). Aristote avait donné un nom à cette pathologie : la chrématistique, c’est-à-dire la recherche de l’accumulation monétaire pour elle- même ; il y voyait la fin de la politique, le triomphe de l’économie et la négation du bien commun. Comment, à partir de la définition d’un bien commun essentiel, est-on parvenu à caractériser des biens communs universels ?

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