La force du destin défaite par la parole

La force du destin défaite par la parole ? Décidément la psychanalyse est une méthode de soins scandaleuse. Celui qui soigne ne donne pas de médicaments, ne fait rien, ne fait rien faire. Pourtant, de cette situation inédite un effet peu mesurable mais incontestable s’ensuit. Au bout du compte, celui qui se livre à la parole couchée finit par disposer de plus de clémence et de souplesse pour ce qui s’agit, ce qui l’agit et ce dont il s’agit en lui. Peu à peu, il parvient à se reconnaître le siège et l’auteur de quelque chose à quoi il n’aurait pas songé.

Mais d’où vient que le lien de la parole à la pulsion puisse ainsi s’enrichir, se diversifier, se vivifier ? Quel est donc le principe actif de cette talking cure ? L’entrée en résonance de deux psychés distinctes et l’excitation en elles de couches singulières, tout ensemble intimes et déjà culturelles ? Oui. La mise en tangage de l’appareil à langage saisi alors d’un salutaire malaise ? Oui, à nouveau. « Langage, tangage », dit Leiris. Vérité tangible dans l’espace de la cure plus que partout ailleurs, assurément. Mais comment cela se peut-il ?

Cure de paroles : dans la bouche d’Anna O., ce fut sans doute une manière d’exprimer le regret qu’il se soit finalement passé si peu de choses au regard des attentes nourries par le transfert. Mais ce fut aussi une reconnaissance immédiate de la singularité d’un travail qui ne repose que sur les mots. Ou plutôt, justement pas les mots, mais le talking. La parole comme activité. Et pas n’importe laquelle : toute parole en séance n’est pas d’emblée parole de talking cure au sens d’Anna O. Il faut des heures de répétition, parfois de verbiage, de bavardage, ou au contraire d’exposé conduit d’une main docte (voire de parole lourde, douloureuse…) pour qu’un autre type de talking advienne.

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