Parmi les questions philosophiques, celle du langage est particulièrement redoutable : en effet, la question philosophique du langage est finalement la question du langage de la philosophie. Dès lors, poser philosophiquement la question du langage, ce n’est pas penser le langage comme étant ceci ou cela. Il ne s’agit pas de définir le langage comme un objet, en lui attribuant un certain nombre de déterminations qui permettraient de le classer; la pensée philosophique va en sens inverse de la science, et se demande pourquoi le langage peut devenir un objet, pourquoi le langage se révèle comme langage. Il faut que nous arrivions à le penser à partir de lui-même, non à partir d’autre chose que lui, comme si nous essayions d’en faire le tour, alors que nous voulons précisément nous approcher de ce qui ne peut être qu' »incontournable ». Reconnaissons ici la démarche propre de la pensée en tant qu’elle se distingue de la connaissance scientifique, pensée que Heidegger, par exemple, s’efforce inlassablement de tracer. Donc penser le langage «comme» forme, ce n’est pas se demander à quel genre de forme se ramène le langage, à quel système de signes, par exemple, mais ce serait plutôt se demander ce qui fait que le langage apparaît comme un signe. Qu’est-ce qui appartient au langage qui nous le fait penser comme une forme?

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