Pourquoi cette question aujourd’hui ? Parce que l’inflation contemporaine de la notion de discours pervertit le sens et l’essence de la parole.

Et d’où le prenez-vous ? Tout ce qui dans le langage n’est pas le système même de la langue, mais sa mise en fonctionnement dans une parole actuelle, constitue justement le discours. Tous les linguistes en sont d’accord. Le discours n’est autre que la parole en son état de rigueur. Pourquoi rompre leur équivalence au bénéfice d’une opposition fallacieuse ?

A cette question, je répondrai par une question : Quand vous traduisez le début du prologue de l’Evangile de Jean, il importe peu que vous lisiez : « Au commencement était le Verbe » ou « Au commencement était la Parole », mais oseriez-vous traduire : « Au commencement était le discours»? Vous ne le pouvez pas, parce que justement le discours ne peut pas être au commencement. Et pourtant, chaque fois que vous prenez la parole, votre parole est vaine si elle n’est pas une parole effectuante dans laquelle se tiennent les choses qu’elle suscite, et si vous n’êtes pas en elle au commencement, libres pour l’existence.

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