La linguistique, qui s’est constituée en discipline autonome à l’extrême fin du XIXe siècle, en s’affirmant grâce aux efforts de F. de Saussure (1857-1913) et face à la sociologie d’E. Dürkheim (1858-1917), peut à l’heure actuelle s’ouvrir vers les disciplines voisines et récupérer ainsi des pans entiers de son champ de compétence (dont l’énonciation et la pragmatique sont les exemples les plus récents) et peut aussi nouer un dialogue privilégié et fécond avec la philosophie, dont elle est issue : Aristote suffit à le prouver. Deux branches de la philosophie sont concernées au premier chef par ce dialogue : la logique et le calcul logique, comme nous l’avons montré récemment (A. Rousseau, 1986 et 1989) et la philosophie du langage, dont les rapports avec la linguistique s’annoncent prometteurs, comme en témoignent par exemple les analyses de B. Russell, H. Reichenbach et Y. Bar-Hillel sur les déictiques (« expressions indexicales ») ou la théorie des « actes de langage » de J.L. Austin. Cette collaboration sera illustrée par trois auteurs, qui sont – à des titres divers – des spécialistes de la philosophie du langage : Gottlob Frege (1848-1925), auteur de la Begriffsschrift (1879), qui est directement à l’origine du calcul des propositions, et célèbre par son article Über Sinn und Bedeutung (1892) ; Edmund Husserl (1859-1939), dont l’œuvre est largement consacrée à la phénoménologie et dont nous ne retiendrons qu’une partie des Logische Untersuchungen (1900-1904), le chapitre IV du tome II, 2e partie, sur L’Idée de grammaire pure, qui a directement inspiré un ouvrage de J.L. Gardies ; enfin Ludwig Wittgenstein (1889-1951), élève et ami de B. Russell, connu comme l’auteur du Tractatus Logico Philosophicus (1922), des Philosophische Untersuchungen (1953) et aussi des Carnets.

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