Pourquoi cet article, au titre à la fois modeste et prétentieux ? Je voudrais d’abord le justifier — à tout le moins justifier sa présence ici — d’un triple point de vue.

D’abord dans mon histoire personnelle. Elle m’intéresse. Elle n’intéresse que moi ? Si elle est exceptionnelle. Or, je pense qu’elle ne l’est pas. Je crois donc utile de dire, avec toute la naïveté souhaitable, de quelle façon, il y a près de vingt ans, tout juste après la publication en volume des Ecrits, j’ai commencé à lire Lacan. De Lacan non encore lu, je ne savais que deux choses, qui me paraissaient étroitement liées, et qui le sont sans doute effectivement : d’une part la formule « l’inconscient est structuré comme un langage », d’autre part la place, qu’on me disait prédominante dans la théorie, du concept de signifiant. Je me croyais et me disais, à cette époque déjà lointaine, linguiste. Je me flattais d’entrevoir à peu près ce que peut être un langage, et d’avoir quelques lumières point trop obscures sur le signifiant. D’où mon fol espoir : croyant savoir comment est structuré un langage, j’allais apprendre — mieux : je savais déjà, sans savoir que je le savais — comment est structuré l’inconscient. Espoir naturellement déçu dès la lecture des premières lignes de Lacan : le langage comme quoi est structuré l’inconscient ne se confond pas avec le langage tel que le conçoivent les linguistes. Pendant obligé de cette première constatation : le signifiant lacanien ne se confond pas avec son homonyme (et éponyme) saussurien. D’où une première nécessité de la naïve recherche dont je donne aujourd’hui quelques lambeaux épars : qu’y a-t-il de commun entre le signifiant saussurien et le signifiant lacanien ?

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