Un sentiment particulier ne peut que s’emparer de celui qui reste attaché à une certaine tradition propre au XXe siècle. Ce sentiment porte sur le devenir d’une invention culturelle majeure : la psychanalyse. Il concerne le sort qui lui est à présent réservé. La psychanalyse n’est désormais réellement prisée que de quelques-uns, qui relèvent directement d’elle. Sinon, pour un plus large public, ou pour certains professionnels de la santé mentale et pour beaucoup dont la profession serait de penser, la psychanalyse est déconsidérée.

Au mieux la voit-on comme une invention vieille de plus d’un siècle, désormais dépassée par les progrès des neurosciences et de certaines thérapies dérivées de ces dernières ; au pire en vient-on à la considérer comme une imposture intellectuelle, créée par des esprits malintentionnés et même malveillants. Ainsi, en prenant pour modèle les travaux de certains historiens qui dénonçaient les crimes politiques majeurs de l’époque contemporaine, certains se sont autorisé à publier un Livre noir de la psychanalyse, l’installant sur le même plan que le Goulag stalinien, la Révolution culturelle chinoise, le génocide perpétré au Cambodge par les Khmers rouges ou les meurtres, la traite négrière et l’esclavagisme venus du racisme et du colonialisme du monde occidental.

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